Lettre d'un ancien ministre tchadien.

Publié le par Aurélien Blot

Je sais que ce que je vais écrire sera en totale contradiction avec l’opinion de mes compatriotes tchadiens et même de beaucoup de français qui sont victimes d’une large campagne de désinformation sur l’affaire de l’arche de zoé.
 
Les hommes politiques se sont emparés de cette affaire qui est devenu l’affaire de cette fin d’année occultant les grèves et les énormes problèmes sociaux en France et oubliant complètement que derrière l’arche de zoé il y va de la vie et de l’avenir d’hommes et de femmes qui sont jugés comme des criminels et qui sont peut être innocents. Mais le monde politico médiatique ne les a-t-il pas déjà jugé et condamné.
 
j ai suivi les péripéties de l'affaire de l'arche de zoé et je désapprouve totalement la méthode utilisé par l'association cependant je ne crois pas du tout à une volonté manifeste de ses membres de nuire à ces pauvres enfants innocents.
 
 je ne crois pas qu'il faille les assimiler à des criminels et les rendre responsables de toutes les atrocités qui ont été dites sur eux, même si je désapprouve totalement leur méthode qui manifestement est cavalière.
 
je souhaite vivement qu'il rentrent à la maison et retrouvent leurs familles.
 
Je suis un ancien ministre tchadien et ancien conseiller de Idriss Deby  le président tchadien jusqu'en 2006 et je connais bien cette homme, fin manipulateur et ne rate aucune occasion pour se faire passer pour un sain.
 
Il utilise cette affaire, pour redorer son blason sur le plan national car confronté à une opposition armée extrêmement violente il cherche le soutien militaire de Paris.
 
Les membres de l'arche de Zoé ne sont malheureusement que les instruments d'un chantage exercé sur le gouvernement français qui dans cette affaire a montré beaucoup de faille.
 
Comment la ministre Rama Yade fait une déclaration tonitruante au début de cette affaire d'une violence incroyable sans connaître les dessous véritable de cette affaire.
 
Elle ne respecte pas la sacro-sainte présomption d’innocence chère à la justice et au droit de nos deux républiques.
 
Chacun y va de son interprétation et plus les jours passent plus cette affaire apparaît moins criminelle qu’on veuille bien le dire et ne s’apparente nullement à une expédition de « blancs » pour enlever des pauvres enfants africains et les revendre comme au pire moment de l’esclavage.
 
Les membres de cette opération qui, somme toute est authentiquement humanitaire, ont été d’une grande naïveté et ont été malheureusement manipulé par des chefs de village et des interprètes peu scrupuleux qui leurs ont raconté n’importe quoi.
 
Les membres de l’Arche de Zoé ont voulu aller encore plus loin et donner leurs chances à ses enfants et pour cela ils ont transgressé beaucoup de règles et le droit tchadien. Mais il est incontestable qu’ils le croyaient orphelins du Darfour et victimes de l’indifférence générale
 
Les autorités tchadiennes sont largement complices de cette affaire mais les avocats de la défense ont préféré un arrangement et ne veulent pas dévoiler certaines choses comptant plus sur un dénouement politique.
 
Si le gouvernement français le voulait les otages de l’arche de zoé aux mains du dictateur tchadien rentreront chez eux rapidement mais s’ils doivent répondre de leurs actes mais par une justice véritable et indépendante qui examinerait dans le fonds et dans la forme cette opération et ses conséquences.
 
La parodie de justice actuellement au Tchad auprès de la cour criminelle est destinée à la consommation intérieure. C’est une justice bafouée, ridiculisée par le président tchadien  qui se prépare à faire un procès sur fonds politique.

La véritable affaire n’intéresse personne. Ce sont les cameras du monde entier qui filme en direct le Chef de l’état tchadien pleurant en serrant fort les enfants qui est la priorité, accompagné de cette visite éclair de Nicolas Sarkozy.
 
En tant que rémois d’adoption j’apporte mon soutien à Alain Péligat et à ses compagnons d’infortune et souhaite leur retour rapidement en France.
 
 
Cette affaire retombera bientôt quand tous les acteurs politiques intéressés par son extrême médiatisation auront tiré tout le bénéfice.
 
 et ensuite, ensuite  seulement la vérité jaillira !
 
 
ABDERAMAN KOULAMALLAH
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Publié dans Comment soutenir Alain

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W
Un grand merci pour cet acte de courage dont vous avez fait preuve et surtout soyez sur de mon soutient.Auparavant,j'aimerai mettre un bémol non pour ce que vous avez éssayé de faire,mais sachez que l'afrique peut nous faire vivre le pire et le meilleur.Car lorsque l'on s'y rend tout peut arriver.Dans la culture africaine,il y a une approche de l'argent un peu particulière,tant les populations crèvent de faim,et comme de nombreuses fois ,j'ai du le faire,il fallait sans doute acheter ces ordures,ces proxénètes de l'administration,qui sont si facile à corrompre, avec le sourire avec parfois un verre de thé, qui à un goût de mafia.Les gouvernements de ces pays laissent crever de faim leurs propres compatriotes pour mieux les diriger.Car celui qui doit manger chaque jour ne pensera pas à autre chose.Ils n'ont pas la force de descendre dans les rues pour réclamer un peu de savoir et d'intelligence.Les politiques entretiennent cette ignorances pendant qu'eux même se prélassent dans de confortables villas et envoient leur progéniture dans de grandes écoles en Europe où aux Etats -Unis.Alors la population à faim,faim d'histoires que vont leur donner à bouffer leurs dirigeants ,une chèvre mise en pature au loup ,ce que vous avez été.Un pays vous a laissé avancer, naïvement que vous etiez,guidés sans doute par votre coeur et votre âme qui vous portait et vous stimulait ,elle vous donnez la force d'un devoir à accomplir sans doute par des températures dont personne ne peut imaginer ici.Je sais pour l'avoir vécu plus modestement que votre projet était votre bébé et que c'est lui qui vous portait.Mais ces hommes politiques, que vous avez eut en face de vous n'ont plus rien a voir avec la réalité du terrain.Il ont un jour acces au «  POUVOIR » seulement cela devient leur idéal de vie.Passer des vacances sur des bateaux de luxe,signer des contrats avec des vendeurs d'armes à des pays qui s'entretueront encore plus sur leur dos,où plutôt sur leur consciences comme s'ils etaient d'en avoir une.Seul compte pour eux les cours de la bourse;S'augmenter leur salaires de 70% y compris il y a quelques années tous nos propres députés,pendant que les petites gens ne diront pas un mot .Face à ce jeu de dupe ,j'aurais aimé avant votre projet avoir eut l'honneur de vous connaître,peut-être modestement pour vous prodiguer les quelques conseils de quelqu'un qui a maintenant une trentaine de voyages par la route,dans toute l'Afrique de l'Ouest et surtout qui a été souvent obligé,parfois forcé,qui a négocié,triché,corrompu,acheté l'administration ou ses représentants pour avoir réussi à faire venir ma compagne et 3 ans après sa petite fille.Pauvre Afrique qui baigne dans la corruption.Ma femme est triste de voir tout cela,avec la complicité de nos gouvernements occidentaux,elle qui est sénégalaise,faire un tel constat et observer impuissant face a cette mascarade où va le continent africain,son economie,et malheureusement l'avenir qui l'attend. Je voudrais finir ce petit mot pour vous encourager à vous reposer,à vous remettre de vos émotions,et dites vous que l'on rentre parfois de là-bas avec plus de richesses dans le coeur.Ce que l'on est au fond de soi,on le garde toujours.Ne changez pas.Il est difficile surement de comprendre de tels paroles,mais sachez que ces africains de la rue qui vous ont conspués,insultés ont ,j'en suis sûr toujours été instrumentalisés,manipulés chose extrêmement facile,qui plus est avec cette culture qui est la leur.Ils n'ont déjà tellement rien.Voilà,je vais m'arrêter là.J'ai suivi votre mésaventure et je sais que cela va s'arranger.Le responsable de l'assocs. a fait passer un méssage.Il est resté à la barre du bateau en ne quittant jamais le chemin qu' il s'etait tracé et celui qui l'a guidé.Je fait profil bas devant ce que vous avez éssayé,.N'oubliez jamais que vous au moins avez été jusqu'au bout et ceux qui vous critiqueront ,ne leur en voulez pas de leur méconnaissance de l'Afrique. A bientôt et bon courage.N' hesitez pas à me joindre,ce sera avec grand plaisir que nous pourront communiquer ensemble.
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T
L’affaire de l’Arche de zoé et son traitement médiatique révèle, si on accepte de voir les choses dans son contexte historique et géopolitique, des pans entiers et peu reluisants de notre vision néocolonialiste et plus généralement du mépris considérable que nous portons à l’Afrique. Grossissons le trait au risque de choquer : après les trafics d’armes et de matières premières dont le Tchad est l’une des plaques tournantes, vient maintenant le trafic d’enfants. Les ambiguïtés de l’action humanitaire n’est pas un phénomène nouveau, je renvoie à la lecture de Brauman très instructive à ce sujet.<br /> <br /> Oui, bien sûr, les gens emprisonnés actuellement à N’djamena sont des gens comme nous. Cet engagement dans une action qui s’autoproclame humanitaire force le respect. Ils pourraient être nos frères, nos cousins. Nous aimons nous identifier à eux. L’illégalité de leur action (apparemment assumé) est mis au service d’une noble cause. Mais est-ce si simple ? Ils me font penser à ces touristes occidentaux dans le Kérala indien qui croyant bien faire donnaient 50 dollars à un jeune enfant pour un menu service, participant ainsi à la destruction du fragile artisanat local à base de feuilles de cocotiers. Pourquoi travailler et envoyer les enfants à l’école quand la mendicité peut rapporter plus ! Leur aveuglement n’avait d’égal que leur bonne conscience. Les déclarations du fondateur de l’Arche de Zoé sont, sur ce thème, un véritable cas d’école lorsqu’il justifie son action sur le « il n’y a qu’à voir comme ils vivent ». Edifiant.<br /> <br /> L’enquête judiciaire autour de cette affaire n’est pas ici mon propos. Je questionne juste notre regard sur ces gens là, sur les enfants tchadiens et leur famille et plus généralement sur le peuple africain.<br /> <br /> C’est peu de dire que les bons sentiments affichés de part et d’autres, empêchent toute tentative de compréhension de ce qui est en jeu derrière cette affaire. La charité, cette fausse vertu héritée de notre histoire judéo-chrétienne, est mère de nombreux vices comme le paternalisme et la condescendance. Ceux-ci sont les mamelles du racisme contemporain, ce racisme bien pensant, altruiste (que Gaston Kelman a bien illustré) éminemment insidieux et destructeur car il nie à autrui la capacité à se tenir droit et dignement sans le concours et l’aide de l’ « homme blanc ». Honnêtement combien d’entre nous n’ont pas pensé que ces enfants tchadiens pauvres avaient une chance inouïe de pouvoir être adopté ? Mais alors quid du droit des parents ? En effet il faut le dire avec force : c’est le peuple tchadien qui est la première victime de ce trafic. Sarkozy a dit l’autre jour à la télévision française qu’il ramènerait les français emprisonnés au Tchad lui-même, quoiqu’ils aient fait, pour qu’ils soient jugés en France. Quel mépris et quelle arrogance à l’égard des Tchadiens ! C’est une humiliation, une de plus. Pensez donc, outre une situation de guerre civile larvée (voir les récents bombardements français sur les colonnes « rebelles »), les expropriations et spoliations due à l’exploitation des matières premières (Construction du gazoduc Doba-Kribi), on leur vole les cerveaux (immigration choisi !) et maintenant les enfants dont on sait que peu étaient réellement orphelins (voir plus bas). C’est peu de dire que les tchadiens n’ont pas la parole dans les médias français. Ils ne l’ont nulle part. Celle-ci est plutôt donnée aux membres de Children Rescue, volontiers présentés comme les vraies victimes de cette affaire, animés bien entendu des meilleures intentions du monde. Imaginez un seul instant que la situation soit inversée. Des enfants occidentaux sont enlevés à destination de l’Afrique par un réseau qui les jugent maltraités (Consumérisme, obésité, stress excessif, éclatement de la cellule familiale et j’en passe…). Imaginez le tollé !!! Absurde ? Pourquoi ? Les enfants français sont les plus heureux au monde ? Parce que l’Afrique est considéré comme un vrai merdier ? La question sous jacente n’est-elle pas : les droits inaliénables des enfants et des parents sont-ils solubles dans la pauvreté ? Autre élément de compréhension : le Tchad ne reconnaît pas l’adoption puisque comme un ministre tchadien l’a rappelé, le statut d’orphelin n’existe pas au Tchad, en ce qu’il relève d’une conception occidentale de la famille. Les anthropologues ne cessent de nous rappeler que les systèmes culturels de parenté africains ont prévu des modalités locales de prise en charge des enfants dont les parents sont morts : le rôle de la famille élargie (oncles, tantes, etc.) est fondamental dans l’accueil des « orphelins » de père et de mère. D’ailleurs, dans de nombreuses cultures, un enfant qui est accueilli chez sa tante ou son oncle n’est pas considéré comme un orphelin ! Doit-on rappeler qu’actuellement, le principal obstacle au fonctionnement de cette solidarité familiale est la misère économique dans laquelle se trouvent les familles africaines ? Ayant une belle famille africaine je suis bien placé pour savoir que la solidarité africaine s’appuie quand elle peut sur les membres les plus aisés. Je sais qu’en France, dans les familles africaines, il y a parfois des adoptions de complaisance, ce qui ne choque que nous. Certains humanitaires ne voient les choses sur le terrain qu’à travers le prisme de leurs propres représentations et plus grave ils sont persuadés que celles-ci sont universelles ! C’est tout le problème de l’action humanitaire. Sur quelles bases aidons-nous les autres ? Suis je capable de prendre en compte les réalités locales et me décentrer par rapport à mon identité (qu’il ne s’agit pas de renier pour autant !) ?<br /> <br /> Maintenant les questions géopolitiques. Il y en a t-il un seul parmi vous pour penser que Idriss Déby a libéré les journalistes français pour les Ray bans de Sarkozy (sa femme n’étant plus là, c’est à lui de mouiller sa chemise) ? Prise d’otage ? Plutôt un moyen de pression. N’étant pas dans les petits papiers de la cellule africaine de l’Elysée, je ne saurais dire l’enjeu des tractations mais il est clair qu’il y a eu des négociations. Après la Libye, espérons que ce ne soit pas une nouvelle centrale nucléaire… Restons sérieux, les enjeux économiques et stratégiques du Tchad sont de premier ordre.<br /> <br /> L’autre jour j’ai bondi quand un député réclamait que l’on aille sensibiliser le chef d’état tchadien à la présomption d’innocence. D’abord, après Outreau et de nombreuses autres affaires, je doute que la France soit la mieux placée pour donner des leçons dans ce domaine. Cette attitude, toute empreinte de paternalisme post coloniale me donnerait la nausée si elle n’était pas d’abord l’illustration d’un aveuglement et d’une naïveté surprenante vis à vis du régime de Ndjamena. Beaucoup parlent du droit des états bafoués dans cette affaire de trafic d’enfants. Le problème est que le Tchad n’est pas un état de droit. Je m’excuse auprès des quelques magistrats tchadiens qui l’ont pensé un instant. Ils ont été vite limogés. C’est d’ailleurs à mon sens la meilleure ligne de défense pour les accusés (dans le cas probable où ils seraient jugés en France) que de souligner que le contexte tchadien pousse à l’illégalité. Le Tchad n’est pas même un état tout court au sens où nous l’entendons généralement, les institutions (écrites par les français) n’étant là que pour donner le change, adoucir la dictature et servir de trompe l’œil au chaos qui y règne. Ce pays est d’abord une plateforme militaire (la deuxième après Djibouti) sensé garantir la stabilité du pré-carré françafricain et la chasse gardé de consortiums pétroliers. Citons Loïc Le Floch Prigent (Express du 12/12/1996) : « Les tâches administratives qui me sont confiés en Afrique … sont de m’intéresser à la présence française au Cameroun et au Tchad. C’est la raison pour laquelle Elf entre dans le consortium pétrolier tchadien aux cotés d’Exxon. ». "La France a confiance en l’Etat tchadien et en la justice tchadienne", a assuré le chef de l’état. "La justice tchadienne a ses procédures et ses calendriers et la France les respecte", a-t-il encore ajouté. Surtout ne pas faire de vagues… Ne rien faire qui puisse mettre en question les relations franco-tchadiennes…<br /> <br /> D’ailleurs, c’est tout de même curieux que personne ne s’interroge sur un état, qui par des accords de coopération (de 1976, Foccart n’étant pas allé aussi loin !), délègue à un autre état le droit de juger des crimes commis sur son sol . Un état où l’armée française va ou bon lui semble et dont les agissements locaux sont loin d’être irréprochables. En 92, des coopérants Français ont été promptement renvoyés en métropole pour avoir dénoncé le soutien de la France au régime criminel d’alors. L’affaire a été étouffée. Depuis Déby a pris le pouvoir en 96 et avec la découverte des gisements pétroliers dans la région de Doba la situation sociale et économique du pays n’a cessé de se dégrader. Mais tant que le pétrole coule… Aucun grand média à ma connaissance n’a brossé un portrait sérieux du seigneur de guerre Idriss Déby. Aucun mot des déportations, des exactions sur les populations civiles, des pillages, de la fraude électorale systématique… On a beau jeu alors de faire l’éloge de la nécessaire mais ambivalente action humanitaire dans un pays que nous occupons militairement depuis 1900 et avons largement contribué à délabrer. Et si avant d’aider… on se contentait de ne pas nuire ? De ne pas soutenir un régime de prédation indéfendable ? De cesser de mépriser les peuples ? Et de poser enfin un regard lucide sur les relations franco-africaines dans leur réalité, hors du double langage habituel.
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